Vodun Days · Notre raison d'être
Nous ne sommes pas arrivés dans cette histoire par le tourisme. Nous y sommes nés. Ce que nous proposons aujourd'hui vient d'un constat fait de l'intérieur, pendant des années, à la place de ceux qui organisent.
L'origine
Il s'appelait Adetelou Gbinvlamin Agbessi Houndohome. Il fut le premier Hounon, et le premier de notre famille à poser le pied à Sogbadji. Voyant son état et son aura, Zossoungbo, le chef de la terre, lui fit accorder par Dehoue Aglametoka une place à Houxwe.
Puis il prit la mer, et la mer ne l'a pas rendu. Alors, chaque année pendant les Xwetanou, ses filles et ses fils allaient lui porter ses offrandes, pour lui rappeler qu'on se souvenait de lui. C'était cela, le 10 janvier, à l'origine. Rien de national. Une famille qui n'oublie pas.
Hounon veut dire mère de la mer. Le titre revient à celui qui est parvenu à la dompter. Notre divinité tutélaire, Agbe, est une miniature de la mer. Ceux qui nous connaissent vraiment savent que notre tempérament n'est jamais loin de ce qu'on prêterait à l'océan.
Zossoungbo était le chef de la terre, et il l'est resté. Mais devant la force, la puissance et la sagesse inégalée du premier Hounon, tout ce qui existait avant son arrivée lui fut confié.
Car Hounon n'est pas un titre parmi d'autres. C'est celui du plus haut dignitaire de l'univers du Vodun, et il lui fut confié sur toute l'étendue du territoire béninois.
Ouidah n'a jamais été une ville de rois au sens ordinaire du terme. S'il fallait parler de royaume ici, ce serait le Royaume Vodun, et Dada Daagbo Hounon en serait l'unique roi.
Voilà ce qui devrait être établi, et ce qui le serait si les choses étaient faites comme elles doivent l'être. Le titre existe depuis toujours. La charge a été tenue. Le Vodun a été porté dans le monde entier au fil de ses nombreux voyages, jusqu'à faire de lui l'une des hautes personnalités religieuses de son temps. Il ne manque que la reconnaissance formelle.
Ce que la mer a emporté ensuite
C'est la même mer qui a emporté nos frères et nos sœurs, de force, vers l'autre côté. Avec le temps, ce qui était l'hommage à un seul est devenu l'hommage à tous. Des rites leur ont été voués, alors même que plusieurs garants n'y étaient pas favorables.
Ceux qui ont connu les premiers 10 janvier conduits par Dada Daagbo Hounon Houna 1 se souviennent du moment où la véritable cérémonie commençait, au bord de l'eau. Ces rites existaient bien avant que la date ne devienne officielle. Ils avaient deux raisons.
Permettre à ceux qui sont morts en chemin de trouver la paix, et de retrouver les leurs dans l'au-delà.
Permettre une relève à ceux qui avaient pris la mer, pour que les traditions africaines ne meurent pas là-bas, mais y renaissent plus fortes.
Il est arrivé, après des épreuves répétées, que le Fa révèle en consultation la nécessité de porter des offrandes à la mer, pour ceux de l'autre côté ou pour apaiser ceux qui y sont tombés. Tant de choses ont été faites pour que nous méritions ce retour en terre noire de nos frères et sœurs nés là-bas.
Et c'est pour achever cette œuvre que notre grand-père s'est déplacé lui-même vers l'autre côté, pour leur montrer son combat et sa responsabilité. Personne d'autre au monde ne l'avait fait. Il n'a pas donné sa vie à cette œuvre pour rien, et il l'a menée à bon port.
Voilà comment les choses se passaient avant que les autorités ne décident de valider cette célébration des cultes endogènes. Une cérémonie de famille, devenue cérémonie pour les déportés, devenue le 10 janvier, devenue les Vodun Days.
Le constat
J'ai toujours eu la chance de participer à l'organisation du 10 janvier, et d'y tenir des postes de responsabilité. Cette place m'a permis de comprendre certaines choses, et de voir ce que nous devions améliorer pour que ce que nous faisons soit réellement ressenti, y compris par le public.
Ce que je voyais, c'est qu'il n'y avait pas assez de médiation. Les gens quittent des milliers de kilomètres. Ils dépensent en énergie, en argent, en temps. Et une fois sur place, ils n'ont devant eux que ce qui ressemble à des scènes de théâtre, dont ils ne comprennent rien. Une cérémonie se déroule, et il n'y a personne pour l'expliquer.
Ce n'est pas un reproche fait à l'État. Nous savons très bien que le gouvernement ne peut pas aller au-delà de ce qu'il peut proposer. Nous sommes là pour proposer ce qu'il ne peut pas.
La réponse
Des jeunes de Ouidah, formés à connaître chaque culte et à le restituer comme il se doit. Chaque pas. Chaque danse. Chaque tambour. Chaque costume, chaque pièce de vêtement. Tout ce qui se présente devant vous, ils doivent être capables de le dire.
Et les quartiers de Ouidah avec : leurs points clés, leurs histoires. Pour qu'une fois ici, vous sachiez enfin pourquoi on dit de cette ville qu'elle est la capitale mondiale du Vodun.
L'idée tient en une phrase. Faire que ce ne soit plus un tourisme que l'on regarde, mais un tourisme que l'on vit.
Vous ne venez plus voir. Vous expérimentez ces réalités.
Toute l'année
Notre programme est établi sur les trois cent soixante-cinq jours de l'année. Vous venez lorsque vous avez le temps, et vous faites ce que vous êtes venu faire.
Des initiations
Nous sommes là pour cela.
Des cérémonies
Portées par ceux à qui elles reviennent, jamais rejouées pour un public.
Le retour
Vous êtes descendant. Vous venez chercher d'où viennent les vôtres. Nous vous ouvrons l'accès à votre maison familiale et à votre cérémonie.
Le reste du Bénin
Le patrimoine ne se résume pas à Ouidah. Du sud au nord, la même profondeur d'exploration, dans les autres villes.
Nous sommes spécialisés dans le tourisme mémoriel et dans tout ce qui touche au culte. Si quelqu'un décide réellement de venir en Afrique se ressourcer et apprendre de ce patrimoine, nous sommes là pour le lui offrir.
Ce que nous ouvrons
L'accès aux garants. L'accès aux chefs de famille. L'accès aux bonnes personnes. L'accès aux bibliothèques. Nous vous permettons d'expérimenter cette connaissance que nous avons de la nature, puis de décider vous-même si vous sauriez la dire avec des mots.
Nous travaillons avec les dignitaires et avec les conservateurs attitrés et assermentés de chaque lieu. Des gens qui n'ont pas appris cela dans des documents. Ils sont nés dedans, ils en vivent, ils en répondent.
Pas de théoriciens.
Oui. Avant toute décision politique, c'était l'hommage rendu par les filles et fils du premier Hounon à leur patriarche, Adetelou Gbinvlamin Agbessi Houndohome, parti en mer et jamais revenu. On lui portait ses offrandes pendant les Xwetanou pour lui rappeler qu'on se souvenait de lui. L'hommage à un homme est ensuite devenu l'hommage à tous ceux que la même mer a emportés.
Mère de la mer. Le titre revient à celui qui est parvenu à dompter la mer. Notre divinité tutélaire, Agbe, est une miniature de la mer, et ceux qui nous connaissent vraiment savent que notre tempérament n'est jamais loin de ce qu'on prêterait à l'océan.
Par constat, après des années passées à organiser le 10 janvier depuis l'intérieur, à des postes de responsabilité. Ce qui manquait n'était pas la beauté des cérémonies, c'était la médiation. Des gens traversent des milliers de kilomètres, dépensent du temps, de l'argent et de l'énergie, et se retrouvent devant ce qui ressemble à des scènes de théâtre. Une cérémonie se déroule, et personne n'est là pour l'expliquer.
En formant des jeunes de Ouidah à connaître chaque culte et à l'expliquer comme il se doit : chaque pas, chaque danse, chaque tambour, chaque costume. Et à connaître les quartiers, leurs points clés et leurs histoires, pour que le visiteur comprenne enfin pourquoi Ouidah est la capitale mondiale du Vodun.
Non. Notre programme couvre les trois cent soixante-cinq jours de l'année. Vous venez quand vous avez le temps, et vous faites ce que vous êtes venu faire. Le mois de janvier concentre la foule, pas la profondeur.
Nous ouvrons l'accès aux garants, aux chefs de famille, aux bonnes personnes, aux bibliothèques. Pour un descendant qui cherche d'où viennent les siens, cela peut aller jusqu'à la maison familiale et jusqu'à sa cérémonie. Pour qui vient chercher la connaissance, cela va jusqu'à l'expérimenter, puis décider soi-même si l'on saurait la dire avec des mots.
Non. Le patrimoine béninois ne se résume pas à Ouidah. Nous sommes ancrés sur le territoire, du sud au nord, et nous collaborons avec les dignitaires et les conservateurs de chaque lieu.
Des conservateurs attitrés et assermentés qui n'ont pas appris cela dans des documents. Ils sont nés dedans, ils en vivent, ils en répondent. Pas de théoriciens.
Peu importe vos moyens. Peu importe le temps dont vous disposez. Peu importe le besoin.
Écrivez-nous en une phrase, même imprécise. Quelqu'un de la famille vous répond depuis Ouidah, et vous saurez très vite ce qui est possible.