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Les Agouda de Ouidah,
ceux qui sont revenus.

Descendants d'Africains déportés au Brésil puis rentrés libres, les Agouda vivent encore à Ouidah. Leur histoire est la preuve que le retour existe.

Ouidah · Bahia · Antilles · Brésil · Diaspora

Un nom qui répond à la question de toute la diaspora : peut-on revenir ? Les Agouda y ont déjà répondu, il y a plus d'un siècle.

La communauté

Qui sont les Agouda ?

Les Agouda, parfois écrits Aguda, forment la communauté afro-brésilienne de la côte du golfe du Bénin, présente à Ouidah, Porto-Novo, Cotonou, mais aussi au Togo et au Nigeria. Le mot désigne les descendants d'Africains qui, réduits en esclavage et déportés vers le Brésil au XVIIIe et au XIXe siècle, ont recouvré leur liberté et choisi de revenir sur le continent. À ce premier noyau se sont ajoutés des affranchis venus de Bahia et quelques familles de commerçants installées le long de la côte.

Être Agouda à Ouidah, ce n'est pas une nuance folklorique. C'est une identité pleine, avec ses patronymes, sa foi, son architecture et sa table. On la reconnaît à des noms devenus ceux de grandes familles de la ville : de Souza, d'Almeida, Paraiso, de Medeiros, da Silva, dos Santos, Vieyra. Derrière chacun, une trajectoire qui a traversé l'Atlantique deux fois.

L'Histoire

Le retour, de Bahia à Ouidah

L'histoire des Agouda est celle d'un retour, et c'est ce qui la rend si rare. Au XIXe siècle, après des décennies de déportation vers le Brésil, des milliers d'affranchis prennent le chemin inverse. Beaucoup viennent de Bahia, où la révolte des Malês de 1835 a durci le sort des Africains libres et poussé nombre d'entre eux à embarquer vers la terre d'origine. Ils débarquent à Ouidah, à Agoué, à Lagos, et fondent des quartiers entiers.

Ils reviennent avec ce que l'exil leur a laissé et ce qu'il leur a appris : un savoir-faire de maçons et de charpentiers, une langue portugaise mêlée, une foi catholique qu'ils vont célébrer sans jamais tourner le dos aux traditions de leurs pères. Ce retour n'efface pas la blessure de la déportation. Il la transforme en présence. À Ouidah, ville qui fut l'un des plus grands ports de la traite, ce retour prend une force particulière : la même côte qui a vu partir a vu revenir.

Héritage vivant

Un héritage qui n'est pas dans un musée

L'héritage agouda n'est pas dans un musée, il est dans la rue. Le quartier brésilien de Ouidah garde ses maisons à l'italienne, les sobrados, aux façades ocre et aux stucs travaillés, bâties par des maçons formés outre-Atlantique. On y retrouve la Maison du Brésil, mémoire bâtie de ce retour.

L'héritage est aussi dans l'assiette. La cuisine agouda a rapporté du Brésil ses douceurs et ses pains de fête, la cocada de coco et les beignets qu'on se transmet de mère en fille, et surtout son grand plat de rassemblement, la feijoada, dont nous reparlerons plus bas. Il est enfin dans le calendrier : la communauté célèbre ses fêtes propres, dont la Bonfim, procession haute en couleur qui descend dans les rues de Ouidah et rassemble familles et voisins autour d'une identité assumée. Ce que les Agouda ont sauvé de l'exil, ils le donnent à voir, chaque année, en pleine lumière.

Vous portez peut-être l'un de ces noms, ou cette histoire vous appelle sans que vous sachiez pourquoi.

Écrivez-nous. Une conversation, à Ouidah, pour comprendre ce que vous cherchez vraiment. Sans engagement.

Commencer par un message

Les Masques

Bourian, Kaléta, Aglangodji

Quand on demande aux Agouda ce qu'ils ont rapporté de l'autre rive de plus vivant, ils ne montrent pas un objet, ils sortent les masques. Trois grandes traditions portent cette mémoire en fête, deux venues du Brésil et une venue du Portugal, et ce sont elles que la diaspora cherche souvent sans connaître leur nom.

Le Bourian est le carnaval des Agouda, une danse de masques héritée du Brésil. Son nom vient du portugais burrinha, la petite ânesse : au temps de l'esclavage, les captifs dansaient pour honorer les bêtes de leurs maîtres, le boeuf et l'âne. Devenu à Ouidah et à Porto-Novo un théâtre de rue codifié, le Bourian fait défiler tout un peuple de masques. Le boeuf, figure centrale, l'âne et le cheval, mais aussi l'éléphant, la girafe, le rhinocéros, des géants de trois mètres et demi que l'on nomme Yoyo et Yaya, et surtout Mami Wata, la femme aux serpents, entourée de ses prétendants en habits blancs. Les troupes rivalisent, chantent en portugais sur des airs de samba, et sortent traditionnellement en janvier pour la fête du Bonfim. C'est l'adaptation béninoise du bumba-meu-boi brésilien, cousine directe des carnavals de Bahia.

Le Kaléta, lui, est la fête des masques de fin d'année. À l'approche de Noël, des groupes masqués, adultes, adolescents et surtout enfants, passent de maison en maison en dansant et en chantant, portés par les tam-tams et les gongs, et reçoivent en retour quelques pièces ou friandises que la troupe partage. Rapporté du Brésil au milieu du XIXe siècle par les affranchis, le Kaléta se danse encore dans tout le sud du Bénin, et Ouidah lui consacre chaque année le Festival Kaléta et des Arts Agouda. Sous le costume, les masques incarnent des figures fortes, des personnalités connues, et parfois des divinités comme Mami Wata à la ceinture de serpent.

L'Aglangodji, lui, ne vient pas du Brésil mais du Portugal, et il n'appartient pas à toute la ville mais à une seule famille, les da Costa Aguidissou. Son masque de bois est né d'un modèle portugais arrivé à Ouidah au début du XVIIIe siècle, à l'époque où les Portugais tenaient leur fort, bâti en 1721, aujourd'hui devenu le Musée International de la Mémoire de l'Esclavage. La maison familiale des Aguidissou se dresse encore juste en face, de l'autre côté de la voie pavée. Transmis par le patriarche Roger Aguidissou, l'ensemble reposait à l'origine sur trois masques qui disent toute une lecture de la famille. Agbanbèlayé, le chef, dont le nom yoruba rappelle qu'aucune famille ne tient sans une grande figure de référence. Ilé Koléfô, la reine, qui honore le rôle des anciens et des femmes dans la cohésion du foyer. Et l'Aglangodji, le troisième, reconnaissable à sa gestuelle vive et saccadée, celle-là même qui lui a donné son nom. Ces masques ne sortent qu'une fois l'an, en décembre, les 24 et 25, en écho au Noël portugais, dans le cadre de la Festa de Nata. La fête s'ouvre par une rencontre des Aglangodji à cheval sur la plage de Djègbadji, se poursuit par une déambulation dans les rues, puis par une grande veillée dans la cour de la maison familiale, de minuit jusqu'à l'aube.

Ces masques ne sont pas un divertissement de surface. Ils sont la manière dont les Agouda ont gardé la joie malgré l'exil, et la façon dont, chaque année, ils redisent en pleine rue d'où ils viennent. Les voir danser, comprendre ce que chaque figure raconte, c'est toucher du doigt le lien vivant entre Ouidah et l'autre rive de l'Atlantique.

La Table

La feijoada, plat des retrouvailles

Chez les Agouda, on se retrouve autour d'un plat, et ce plat raconte toute leur histoire. La feijoada, qu'on écrit ici fechouada, est née dans les cuisines de la senzala, les quartiers d'esclaves du Brésil, là où les captifs faisaient mijoter les haricots avec ce que les maîtres laissaient de côté. Ce plat de peu est devenu un plat de fête. Revenu à Ouidah avec les affranchis, il s'est marié à la terre : haricots, viande, crevettes séchées, oignon, ail, tomate, thym et laurier, cuits longuement. Au Nouvel An, c'est autour de la fechouada que toute la famille agouda se rassemble, à la même table, les anciens et les jeunes, ceux de Ouidah et ceux revenus de loin. Un plat né du pire de l'esclavage, devenu le plat des retrouvailles : il n'existe pas plus belle image de ce que sont les Agouda.

L'année agouda est ainsi rythmée par des rendez-vous qui tiennent la communauté ensemble. En janvier, la Bonfim descend dans les rues. En décembre, les masques sortent. Au Nouvel An, on se retrouve autour de la fechouada. Chacune de ces dates est une façon de se compter, de se souvenir et de transmettre.

Deux Rives

Agouda et Vodun, une même âme

On imagine parfois les Agouda catholiques d'un côté, le Vodun de l'autre. La réalité de Ouidah est plus profonde. Beaucoup de familles agouda ont gardé, sous la foi rapportée du Brésil, la fidélité aux divinités et aux ancêtres. À Bahia même, les Africains déportés avaient continué d'honorer les Orisha derrière les saints catholiques : ce que le monde a appelé le candomblé est né de cette fidélité. En revenant, les Agouda ont ramené cette double appartenance, non comme une contradiction, mais comme une manière de tenir ensemble tout ce qu'ils étaient.

C'est pour cela que Ouidah, capitale mondiale du Vodun, est aussi une capitale agouda. Les deux histoires ne s'opposent pas, elles se répondent. Comprendre les Agouda, c'est comprendre que la déportation n'a pas coupé le fil spirituel : elle l'a étiré jusqu'au Brésil, jusqu'aux Antilles, jusqu'à Cuba, et ce fil peut se renouer.

Reconnexion ancestrale

Le Retour, la reconnexion ancestrale à Ouidah.

Le protocole le plus intime de la maison, à partir de 4 000 euros. Places rares, accompagnement dans la durée, encadré par les sages et les collectivités de Ouidah.

Pour la Diaspora

Retrouver cette histoire, aujourd'hui

Si vous êtes du Brésil, des Antilles, de la Caraïbe ou des Amériques, l'histoire agouda vous concerne directement. Elle dit que le retour n'est pas une utopie : d'autres l'ont fait, ils sont ici, et leur descendance vous accueille. C'est le coeur de ce que propose l'ONG Wa Afriki à travers After Vodundays : non pas un circuit touristique de plus, mais un accès réel à cette mémoire, accompagné par ceux qui la portent.

Concrètement, cela veut dire marcher dans le quartier brésilien avec quelqu'un dont c'est l'histoire de famille, partager la table d'une maison agouda, et, pour ceux qui le souhaitent, engager une démarche de reconnexion plus intime, encadrée par les sages et les collectivités de Ouidah. Cette démarche s'appelle Le Retour. Elle ne se raconte pas sur une page, elle se vit sur place, avec discrétion et sérieux. Ce que l'ONG garantit, c'est la vérité du protocole et la reconnaissance d'une collectivité de la ville. Elle ne promet jamais un résultat de laboratoire : ici, la reconnaissance est coutumière et spirituelle, elle ne se réduit pas à un test.

Cet accès n'existe nulle part ailleurs sous cette forme. Il n'est pas reproductible par une agence, parce qu'il repose sur dix ans de travail de terrain et sur la confiance des familles. Les places sont rares par nature, et une part importante de ce que vous engagez revient directement aux acteurs locaux qui rendent ces rencontres possibles. Le prix ne paie pas un séjour, il paie une porte que personne d'autre ne peut ouvrir.

Les Noms

Tout commence par un nom

Pour beaucoup de descendants, tout commence par un nom. Les patronymes agouda, de Souza, d'Almeida, Paraiso, de Medeiros, Gomez, da Silva, Vieyra, dos Santos, sont autant de portes d'entrée dans une généalogie que l'Atlantique avait brouillée. Certains de ces noms sont célèbres à Ouidah, d'autres se sont dispersés dans toute la région et jusque dans la diaspora. Retrouver le sien dans l'histoire agouda, c'est parfois le premier pas d'une reconnexion.

C'est aussi une question de citoyenneté et d'appartenance, que le Bénin prend au sérieux à l'égard de ses fils dispersés. Si cette dimension vous parle, notre page sur la nationalité béninoise pour les afro-descendants ouvre cette autre porte.

La nationalité béninoise pour les afro-descendants

Questions · Agouda & Mémoire

Ce que vous vous demandez.

Qui sont les Agouda ?

Les Agouda sont la communauté afro-brésilienne de Ouidah et de la côte du golfe du Bénin. Ce sont les descendants d'Africains déportés vers le Brésil pendant la traite, revenus libres au XIXe siècle sur la terre de leurs ancêtres, auxquels se sont joints des affranchis de Bahia. Ils ont fondé le quartier brésilien de Ouidah et y perpétuent une identité propre.

D'où vient le mot Agouda ?

Le terme Agouda, ou Aguda, désigne dans la région les Afro-Brésiliens revenus de l'autre rive de l'Atlantique et, plus largement, tout ce qui est associé à cet héritage brésilien : les maisons, la cuisine, les fêtes, les familles. Il s'est fixé au fil du XIXe siècle, à mesure que ces communautés de retour prenaient racine sur la côte.

Quelle est la différence entre les Agouda et le Vodun ?

Les Agouda sont une communauté humaine, le Vodun est une tradition spirituelle. Les deux se croisent à Ouidah plus qu'on ne le croit : beaucoup de familles agouda vivent une double appartenance, une foi rapportée du Brésil et une fidélité aux ancêtres et aux divinités. Loin de s'opposer, ces deux héritages racontent la même histoire de fidélité maintenue malgré l'exil.

Que sont le Bourian, le Kaléta et l'Aglangodji ?

Ce sont les grandes traditions de masques des Agouda. Le Bourian est un carnaval venu du Brésil, adaptation du bumba-meu-boi, où défilent le boeuf, l'âne, des géants et Mami Wata. Le Kaléta est la fête des masques dansants de Noël, où les enfants passent de maison en maison. L'Aglangodji, d'origine portugaise, appartient à la famille da Costa Aguidissou et sort chaque année les 24 et 25 décembre à Ouidah.

Comment la diaspora peut-elle renouer avec l'héritage agouda ?

En venant à Ouidah, dans le cadre d'un accompagnement pensé pour la reconnexion. L'ONG Wa Afriki propose des séjours d'immersion et, pour les démarches les plus intimes, le protocole Le Retour, encadré par les sages et les collectivités de la ville. Le premier pas est simple et sans engagement : un message, une conversation, pour dire d'où vous venez et ce que vous cherchez.

Le retour n'est pas un rêve, c'est une adresse

Votre histoire a peut-être commencé de l'autre côté de l'Atlantique. Elle peut se poursuivre à Ouidah.

Écrire à l'ONG Wa Afriki