Découvrir · Histoire · Ouidah, Bénin

Les Agojié, guerrières d'élite du Danxomè

Elles ne sont ni une légende européenne ni un personnage de cinéma. Les Agojié furent l'armée d'élite du Danxomè, et Ouidah comptait parmi leurs postes.

Connues à l'étranger sous le nom d'Amazones du Dahomey, les Agojié, que l'on appelait aussi Mino, nos mères, formaient un corps militaire féminin sans équivalent dans l'histoire du continent. Armée permanente, entraînée au maniement des armes modernes, elles ont incarné pendant près de deux siècles la force de frappe et la garde rapprochée des rois d'Abomey. À Ouidah, port du royaume, elles tenaient garnison.

La tradition orale attribue la création de ce corps à la reine Tassi Hangbé, au début du XVIIIe siècle, sous la forme d'une garde rapprochée de chasseuses d'éléphants, les Gbeto. C'est cependant sous le règne de Ghézo, de 1818 à 1858, que les Agojié deviennent une armée professionnelle et permanente, comptant selon les estimations jusqu'à un tiers des effectifs militaires du royaume.

Recrutées parmi les jeunes filles du royaume ou parmi les captives, elles prêtaient serment de fidélité au souverain et observaient une discipline stricte, dont le célibat rituel pendant la durée du service. Elles étaient réparties en régiments spécialisés : fusilières, archères, artilleuses, et faucheuses armées de grands couteaux de guerre.

À Ouidah, tout cela cessait d'être abstrait. Le port était le poumon commercial du royaume, administré au nom d'Abomey par le Yovogan, et des compagnies d'Agojié y tenaient garnison pour garder les intérêts du roi. C'est le point que les récits étrangers omettent presque toujours : ces femmes n'étaient pas cantonnées à la capitale, elles tenaient la côte, là où l'argent entrait.

Lors des guerres de résistance contre la pénétration française, sous le règne de Béhanzin, les Agojié ont mené les combats les plus durs, à Dogba, à Poguessa et à Cana. L'armée royale est dissoute en 1894, après la capture du roi. Leurs adversaires, dans leurs propres rapports, n'ont pas caché ce que leur avait coûté cette résistance.

Leur histoire connaît aujourd'hui un regain d'intérêt international, porté notamment par le cinéma. Nos guides s'attachent à en restituer la part documentée plutôt que la part spectaculaire, et à la relier à ce que Ouidah et Abomey en gardent réellement.

Durée de visite

Contexte historique intégré aux circuits Abomey et Ouidah

Accès

Abomey, à environ 1h30 de route de Ouidah. Le contexte de la garnison se lit sur place, dans le Ouidah royal.

Coordonnées

7.1833, 1.9911

Origine de ce contenu · juillet 2026

Fiche établie à partir des travaux historiographiques cités et des archives nationales du Bénin, par l'équipe After Vodundays.

Sources et lectures

  • Stanley B. Alpern, Amazons of Black Sparta: The Women Warriors of Dahomey, New York University Press, 1998. La référence académique moderne de référence sur le sujet.
  • Richard F. Burton, A Mission to Gelele, King of Dahome, 1864. Témoignage direct sur l'organisation des régiments, à lire avec le recul critique que demande un observateur colonial.
  • Édouard Dunglas, Études Dahoméennes, sur la structure militaire du royaume.
  • Arthur Vido, Les Amazones du Dahomey : réalités et représentations historiques.
  • Travaux du Département d'Histoire et d'Archéologie, Université d'Abomey-Calavi.
  • Archives Nationales du Bénin et Direction du Patrimoine Culturel.

Questions fréquentes

Les Agojié ont-elles réellement existé, ou est-ce une invention du film The Woman King ?

Elles ont réellement existé. Les Agojié, ou Amazones du Dahomey, formaient un corps militaire féminin permanent du royaume du Danxomè, actif du début du XVIIIe siècle jusqu'à la dissolution de l'armée royale en 1894. La référence académique de recension est Stanley B. Alpern, Amazons of Black Sparta (New York University Press, 1998). Le film sorti en 2022 s'inspire de cette histoire réelle mais en reste une fiction dramatisée : nos guides restituent la part documentée, pas la part spectaculaire.

Qui a fondé les Agojié, et quand sont-elles devenues une armée permanente ?

La tradition orale attribue la création de ce corps à la reine Tassi Hangbé, au début du XVIIIe siècle, sous la forme d'une garde de chasseuses d'éléphants, les Gbeto. C'est sous le règne de Ghézo, de 1818 à 1858, qu'elles deviennent une armée professionnelle et permanente, comptant selon les estimations jusqu'à un tiers des effectifs militaires du royaume.

Les Agojié ont-elles combattu les troupes françaises ?

Oui. Lors des guerres de résistance sous le règne de Béhanzin, les Agojié ont mené les combats les plus durs, à Dogba, à Poguessa et à Cana, avant la dissolution de l'armée royale en 1894 après la capture du roi.

Ce lieu, vous ne le visiterez pas seul.

Nos guides certifiés Vodun ouvrent le sens derrière chaque lieu sacré de Ouidah. Ce que vous verrez, et ce que nous vous ferons comprendre.