
Photo : Wa LaB / After Vodundays
Découvrir · Histoire · Ouidah, Bénin
Le Portugal a tenu ici un morceau de territoire jusqu'en 1961, un an après l'indépendance du Bénin. Il a fallu un ultimatum pour l'en déloger.
Dans le quartier Docomè, l'un des plus anciens foyers de peuplement et de pouvoir de Ouidah, se dresse le fort de São João Baptista de Ajudá, Ajudá étant la déformation portugaise de Gléxwé. Érigé en 1721, il n'a pas seulement traversé la traite atlantique : il est resté enclave souveraine du Portugal jusqu'au cœur du XXe siècle, au milieu d'un territoire devenu français, puis béninois.
En 1721, les autorités du royaume xwéda autorisent l'érection d'une enceinte fortifiée à Docomè. Derrière ses murailles et ses canons, les agents de la couronne portugaise entreposent les marchandises d'échange venues du Brésil et d'Europe, tabac, armes, alcool, perles, et gardent les captifs avant leur acheminement vers les navires au mouillage.
En 1727, Agadja conquiert Ouidah et intègre le fort dans le monopole royal du Danxomè sur la traite. Un siècle plus tard, l'alliance entre Ghézo et Francisco Félix de Souza fait du site un pivot des liaisons directes entre Ouidah et Salvador de Bahia. À partir des années 1850, la traite légale s'éteignant, l'activité se réoriente vers l'huile de palme sans que la présence diplomatique portugaise cesse.
C'est après 1894 que commence l'anomalie. La France conquiert le Danxomè et installe la colonie du Dahomey, mais le fort demeure territoire portugais. Pendant plus de soixante ans, sur un ou deux hectares, le drapeau du Portugal flotte au milieu d'une colonie française, le courrier part avec des timbres portugais, et un administrateur envoyé de Lisbonne y réside.
Le Dahomey devient indépendant le 1er août 1960. Le gouvernement de Salazar refuse de rétrocéder le fort. Il faut l'ultimatum du président Hubert Maga pour que la question se règle : le 31 juillet 1961, avant d'évacuer sous la contrainte, le dernier administrateur portugais met le feu aux archives et aux bâtiments principaux, pour ne rien laisser d'intact. Le site est réintégré au territoire national le lendemain.
Restauré après l'incendie, le fort accueille à partir de 1967 le Musée d'Histoire de Ouidah, qui présentera durant plus de cinquante ans les objets de la traite, les attributs de la royauté du Danxomè et les liens tissés entre Ouidah, le Brésil et les Caraïbes.
Le site vit aujourd'hui sa plus grande mutation depuis 1961. Le musée classique a fermé ses portes. La résidence du gouverneur est restaurée pour devenir le Palais des Gouverneurs, et le complexe doit accueillir le Musée International de la Mémoire et de l'Esclavage, avec un parcours sur la déportation, la reconstitution scénographique d'une cale de navire négrier, les vestiges archéologiques mis au jour à Docomè, et les collections royales et Vodun. Nous mettrons cette fiche à jour à mesure que le calendrier officiel se précise.
Durée de visite
Visite extérieure pendant la durée des travaux
Accès
Quartier Docomè, Ouidah. Le musée est fermé au public : le site est en chantier de rénovation pour devenir le Palais des Gouverneurs et le MIME. Vérifiez auprès de nous avant de prévoir cette étape.
Coordonnées
6.3591, 2.0902
Origine de ce contenu · juillet 2026
Fiche établie à partir des archives et de la documentation de la Direction du Patrimoine Culturel du Bénin, de l'historiographie de la présence portugaise au golfe de Guinée, et du suivi de chantier par l'équipe After Vodundays à Ouidah.
Sources et lectures
Nos guides certifiés Vodun ouvrent le sens derrière chaque lieu sacré de Ouidah. Ce que vous verrez, et ce que nous vous ferons comprendre.