Découvrir · Histoire · Ouidah, Bénin
On l'appelait la Place Chacha, du nom d'un homme. Elle s'appelle désormais la Place aux Enchères, du nom de ce qui s'y faisait.
Au cœur du quartier Adjena, face à la concession de la famille de Souza, s'étend l'un des lieux les plus chargés de Ouidah. Longtemps désignée par le titre de son voisin le plus puissant, la place porte aujourd'hui le nom de sa fonction réelle : celui de l'encan, où des êtres humains étaient examinés, marchandés et vendus.
Francisco Félix de Souza, marchand luso-brésilien, s'installe à Ouidah au début du XIXe siècle. En 1818, il soutient l'accession au trône de Ghézo contre son frère Adandozan. Le nouveau roi lui accorde en retour le titre de Chacha et la charge du commerce extérieur du royaume à Ouidah. Il faut distinguer cette fonction de celle du Yovogan, le gouverneur que le roi maintenait dans la ville : deux offices distincts, parfois rivaux, l'un politique, l'autre commercial.
Sur cette place se tenait l'encan. Les captifs amenés de l'intérieur des terres y étaient examinés, évalués, négociés avec les capitaines des navires, puis marqués au fer avant d'être engagés sur la route de la déportation. Ce sont les faits, ils sont documentés, et ils n'appellent aucun commentaire pour être compris.
Le changement de nom n'est pas un détail administratif. Nommer un lieu d'après un courtier, c'était centrer la mémoire sur celui qui vendait. Le nommer d'après l'encan, c'est la recentrer sur ceux qui étaient vendus. La désignation officielle de Place aux Enchères procède de ce choix, et le visiteur qui arrive aujourd'hui lit d'abord la fonction, pas la dynastie.
L'histoire de cet homme ne se raconte pourtant pas à moitié, dans un sens comme dans l'autre. De Souza a bâti sa fortune sur l'un des systèmes les plus destructeurs de l'histoire humaine. Il a aussi restructuré la ville, accompagné la transition vers le commerce de l'huile de palme, et fondé la communauté agouda dont l'architecture, la cuisine et les fêtes marquent encore Ouidah. Les deux sont vrais en même temps. C'est précisément ce qui rend ce chapitre difficile, et nécessaire.
La dynastie n'est pas éteinte : le titre de Chacha se transmet toujours, avec sa cour et ses obligations coutumières, et la famille de Souza appartient au patrimoine vivant de la ville. Nommer ce qui s'est passé ici au XIXe siècle n'est pas mettre en cause ceux qui vivent aujourd'hui. Nos guides tiennent cette distinction, et ils la tiennent devant les descendants des deux côtés de l'Atlantique.
Durée de visite
Contexte historique intégré au parcours mémoriel de la ville
Accès
Quartier Adjena, centre-ville de Ouidah, face à la Maison de Souza. La concession familiale se visite de l'extérieur, avec la réserve qui convient à une résidence coutumière habitée.
Coordonnées
6.3570, 2.0850
Origine de ce contenu · juillet 2026
Fiche établie à partir de l'historiographie de référence sur Ouidah et du parcours mémoriel officiel, par l'équipe After Vodundays.
Sources et lectures
Nos guides certifiés Vodun ouvrent le sens derrière chaque lieu sacré de Ouidah. Ce que vous verrez, et ce que nous vous ferons comprendre.