Découvrir · Spirituel · Ouidah, Bénin
Avant le comptoir négrier, avant le Dahomey, il y avait les Xwéda. Dangbéxwé garde encore l'alliance qui a sauvé leur roi et fondé cette ville.
Sur la place Agoli, face à la Basilique de l'Immaculée Conception, le Temple des Pythons porte un nom que peu de visiteurs entendent correctement : Dangbéxwé, la demeure de Dangbé. Ce n'est pas une curiosité posée devant une église. C'est le sanctuaire du peuple Xwéda, celui qui habitait cette terre avant que Ouidah ne devienne un port, avant qu'Abomey n'étende son royaume jusqu'à la côte.
Dangbé est le python royal. Les Xwéda l'ont apporté avec eux depuis le bassin d'Adja-Tado et en ont fait le Vodun de la matrice, celui de l'alliance et de la continuité de la vie. Il ne plie pas le fer par la force. Il enlace la vie pour qu'elle dure. Sa puissance tient dans l'alliance, pas dans l'effroi : il protège en accueillant, en tenant les lignées, en gardant la fraîcheur de la terre.
La tradition raconte qu'au temps des guerres subies par le peuple Xwéda, alors que l'armée ennemie traquait le souverain et ses guerriers, des pythons sortirent de la végétation et brouillèrent les pistes, sauvant le roi. Il fut alors décrété que le python ne serait plus jamais chassé, ni blessé, ni mangé, mais vénéré comme le père de la cité et l'allié du peuple Xwéda.
En 1727, sous le règne du roi Houfon, Sahé, devenue plus tard Savi, la capitale des Xwéda, tombe sous les armes du roi Agadja du Danxomè. Le peuple se replie sur Gléxwé, fondée par les Xwéda, qui deviendra Ouidah. Ce qui reste debout, c'est Dangbé. La divinité devient l'arche d'un peuple dispersé. C'est pourquoi ce sanctuaire n'est pas un décor : il est ce qui a survécu à la chute d'un royaume.
La charge du culte repose sur des lignées précises. Les Zossoungbo, qui ont installé le sanctuaire dans le quartier Agoli. Les Agbo Atakpaloko, dits Agbamou, à qui revient le gardiennat princier. Les Adjovi Akankotoglonou enfin, associés par une reconnaissance sans précédent. Leurs initiés portent au visage les scarifications rituelles dites « deux fois cinq », qui reprennent les motifs de la tête du python.
Jusqu'au milieu du XXe siècle, Dangbéxwé restait fermé à qui n'était pas dévot. Ce sont les Dangbesi, les femmes initiées au serpent, qui ont ouvert la porte. Elles seules pouvaient manipuler le python en public. L'une d'elles, la première, a posé l'animal sur les épaules d'un voyageur pour lui montrer qu'il ne mordait pas. Le tourisme de Ouidah n'a pas été imposé de l'extérieur. Il a commencé là, par un geste de transmission décidé par une femme du temple : Drè Dègbénou.
Tout ne se visite pas. Les rites nocturnes, les sorties des pythons dans la ville, les autels de consécration et le sanctuaire des reliques restent fermés aux non-initiés, et le resteront. Ce qui s'ouvre à vous, c'est la cour, l'arbre sacré, le bassin rituel et les pythons. Le sanctuaire a été rénové, mais il n'est pas devenu un musée. Qu'il fasse face à une basilique sans que ni l'un ni l'autre n'ait jamais cédé dit assez l'hospitalité qui est la marque de ce culte depuis l'origine.
Durée de visite
20 à 30 minutes
Accès
Place Agoli, face à la Basilique de l'Immaculée Conception, centre-ville de Ouidah. Ouvert tous les jours, ticket d'entrée géré sur place.
Coordonnées
6.3600, 2.0850
Protocole de visite
Origine de ce contenu · 28 juillet 2026
Contenu établi à Ouidah par Hounon Agbessi Avlessi W. Bertian et l'équipe After Vodundays, à partir de la tradition orale des collectivités garantes du culte de Dangbé.
Le site est cogéré par un représentant des offices de tourisme de Ouidah, mairie et ministère, en accord avec les représentants des familles garantes.
Validé par Vincent Adjaman, FRABO, garant de la tradition, Ouidah.
Nos guides certifiés Vodun ouvrent le sens derrière chaque lieu sacré de Ouidah. Ce que vous verrez, et ce que nous vous ferons comprendre.